Paroles de "La Fessée"

"La Fessée"

La veuve et l'orphelin, quoi de plus émouvant
Un vieux copain d'école étant mort sans enfants
Abandonnant au monde une épouse épatante
J'allai rendre visite à la désespérée
Et puis, ne sachant plus où finir ma soirée
Je lui tins compagnie dans la chapelle ardente

Pour endiguer ses pleurs, pour apaiser ses maux
Je me mis à blaguer, à sortir des bons mots
Tous les moyens sont bons au médecin de l'âme
Bientôt, par la vertu de quelques facéties
La veuve se tenait les côtes, Dieu merci
Ainsi que des bossus, tous deux nous rigolâmes

Ma pipe dépassait un peu de mon veston
Aimable, elle m'encouragea "bourrez-la donc"
Qu'aucun impératif moral ne vous arrête
Si mon pauvre mari détestait le tabac
Maintenant la fumée ne le dérange pas
Mais où diantre ai-je mis mon porte-cigarettes

À minuit, d'une voix douce de séraphin
Elle me demanda si je n'avais pas faim
"Ça le ferait-il revenir", ajouta-t-elle
De pousser la piété jusqu'à l'inanition
Que diriez-vous d'une frugale collation
Et nous fîmes un petit souper aux chandelles

Regardez s'il est beau, dirait-on point qu'il dort
Ce n'est certes pas lui qui me donnerait tort
De noyer mon chagrin dans un flot de champagne
Quand nous eûmes vidé le deuxième magnum
La veuve était émue, nom d'un petit bonhomme
Et son esprit se mit à battre la campagne

Mon Dieu, ce que c'est tout de même que de nous
Soupira-t-elle, en s'asseyant sur mes genoux
Et puis, ayant collé sa lèvre sur ma lèvre
"Me voilà rassurée", fit-elle, "j'avais peur"
Que, sous votre moustache en tablier de sapeur
Vous ne cachiez coquettement un bec-de-lièvre

Un tablier de sapeur, ma moustache, pensez
Cette comparaison méritait la fessée
Retroussant l'insolente avec nulle tendresse
Conscient d'accomplir, sommes toute, un devoir
Mais en fermant les yeux pour ne pas trop en voir
Paf, j'abattis sur elle une main vengeresse

Aïe, vous m'avez fêlé le postérieur en deux
Se plaignit-elle, et je baissai le front, piteux
Craignant avoir frappé de façon trop brutale
Mais j'appris, par la suite, et j'en fus bien content
Que cet état de choses durait depuis longtemps
Menteuse, la fêlure était congénitale

Quand je levai la main pour la deuxième fois
Le cœur n'y était plus, j'avais perdu la foi
Surtout qu'elle s'était enquise, la bougresse
Avez-vous remarqué que j'avais un beau cul
Et ma main vengeresse est retombée, vaincue
Et le troisième coup ne fut qu'une caresse

Avez-vous remarqué que j'avais un beau cul
Et ma main vengeresse est retombée, vaincue
Et le troisième coup ne fut qu'une caresse


Writer(s): Georges Charles Brassens
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